Gérer l’étanchéité et les apports thermiques d’une structure ancienne sans dénaturer son architecture : c’est le tour de force actuellement réalisé au musée des Beaux-Arts de Valenciennes. Fermé pour une vaste campagne de modernisation, l’établissement de 5 000 m² SP retrouve son immense puits de lumière grâce à une réhabilitation minutieuse de sa couverture vitrée zénithale.
Sous un immense parapluie de protection, les compagnons s'affairent sur un chantier hors norme : restaurer les 2 900 m² de couverture de l'édifice, érigé en 1909 par l'architecte Paul Dusart. L’intervention s’attaque en priorité à une toiture devenue vétuste. Cet ensemble comprend pas moins de 1 800 m² de verrières extérieures, soit 65 % de la toiture, couplés à près de 1 000 m2 de verrières intérieures, en interface directe avec les salles d'exposition. Les remplacer imposait de résoudre une équation complexe. « L’enjeu était de retrouver au maximum l’état d’origine », détaille Etienne Sintive, architecte du patrimoine chargé de la maîtrise d'œuvre. Pour y parvenir, les équipes ont d'abord procédé à la dépose des anciens simples vitrages et des ardoises, puis restauré minutieusement les charpentes métalliques et en bois, avant l’intégration en cours de nouveaux verres plus performants. Le choix technique s'est porté sur l'installation de verrières en double vitrage, identiques à celles utilisées au Grand Palais à Paris. Cette modernisation a généré un défi de taille : gérer la reprise de charge pour des vitrages deux fois plus lourds que les originaux. Pour installer ce tétris, « chaque verre est numéroté selon sa position », raconte l'architecte.
Dompter la lumière intérieure
À l’endroit des verrières intérieures, la création d'un plancher intermédiaire en caillebotis intègre désormais un pilotage automatique de l'éclairage. Objectif : dompter la lumière zénithale, trop agressive pour les œuvres, en combinant un éclairage indirect et des stores opacifiants pour les expositions temporaires.
Parallèlement, les 1 100 m² de la toiture d’ardoise retrouvent leur couleur d’antan grâce à la mise en œuvre d’une ardoise d’Espagne fixée au clou de cuivre selon les méthodes traditionnelles.
Ce chantier permet surtout d'effacer les altérations architecturales du passé. « Sur la base d’anciennes cartes postales, nous avons recréé le campanile avec son épi et ses consoles métalliques inspirées des arcades existantes, éléments cachés dans les années 70. Nous avons aussi restitué de grands œils-de-boeuf ou encore des arêtiers décoratifs façon bossage», se réjouit Etienne Sintive.
Chantier hors-norme
Pour mener à bien cette opération à quelque 35 mètres de hauteur à l’abri des intempéries, un vaste parapluie a pris place au-dessus de l’édifice grâce au montage de 400 tonnes d'échafaudages. Il sera déposé au terme de cette opération débutée en 2024 pour un montant de 16 M€ TTC dédiés aux travaux, sur un investissement global de 20 M€ TTC. Les visiteurs pourront alors profiter d’une nouvelle scénographie et redécouvrir les artistes locaux, notamment la coupole de Lucien Jonas qui fera l’objet d’une restauration.

Les verrières actuellement en travaux. Crédit Julie Dumez

La toiture avant travaux. © Thomas Douvry - Ville de Valenciennes

Le parapluie hors norme déployé au-dessus du musée pour la réalisation des travaux. © Thomas Douvry - Ville de Valenciennes
Rédaction : Julie Dumez
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