Bientôt inaugurée, la réhabilitation du crématorium d’Herlies se pose en opération de référence alliant recours massif aux matériaux biosourcés et haute technicité énergétique. Elle s’inscrit dans le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) de la Métropole Européenne de Lille (MEL), maître d’ouvrage engagé dans une trajectoire d'exemplarité visant la neutralité carbone de son parc d’ici 2040.
Une enveloppe thermique innovante : le choix de la paille
Pour la réhabilitation de cet équipement construit en 2002, la Métropole Européenne de Lille a fait un choix des plus symboliques. Pour remédier à une mauvaise performance énergétique et un confort thermique perfectible pour le public, la maîtrise d’œuvre, portée par l’architecte Nassima Lanani et le bureau d’études Toerana (référent Pro Paille), a misé sur une isolation thermique par l’extérieur (ITE) particulièrement sobre en carbone. L’innovation réside dans l’utilisation de paille hachée insufflée dans des caissons bois préfabriqués en façade. Au total, 11 tonnes de paille ont été mises en œuvre, complétées par de la fibre de bois pour l’isolation des combles techniques. Cette approche permet de respecter largement le « Pacte Bois-biosourcés Hauts-de-France » avec un ratio de 36 kg/m² de surface de plancher, un chiffre remarquable pour une rénovation, certifiée BBCA Rénovation.
Pour faire valider le procédé inédit dans ce type d’Établissement Recevant du Public (ERP), il a de surcroît fallu travailler de concert avec les services de sécurité incendie et le contrôleur technique (Alpes Contrôles).
Valoriser la chaleur fatale
Le volet énergétique constitue l’autre pilier majeur du projet, avec l’ambition de couvrir plus de 50 % des consommations réglementaires par des énergies renouvelables et de récupération (ENRR). Le processus de crémation, par nature énergivore, devient ici une ressource : la chaleur fatale générée par l’activité de filtration des fours est désormais récupérée pour un usage interne. Un procédé pour lequel il a fallu convaincre les élus face aux interrogations éthiques.
Ce système repose sur la création d’un local de stockage thermique abritant un ballon tampon de 30 m³. Ce dispositif offre une autonomie de chauffage de 48 heures en période hivernale. Plus innovant encore, l’installation intègre une machine ORC (Organic Rankine Cycle) de marque ENOGIA permettant de transformer cette chaleur en électricité durant les périodes où les besoins en chauffage sont moindres. En complément, une installation photovoltaïque de 15 kWc en autoconsommation a été déployée sur la toiture du logement de fonction attenant.
Performance et maintien de l'activité
Sur le plan de l'exploitation, le défi était de taille. Car il a fallu réaliser ces travaux d'envergure d’un montant de 1,41 M€ HT en site occupé, avec un maintien total de l'activité, soit près de 2 700 crémations par an. “Il a fallu calibrer les travaux très finement, voire à la minute, pour ne pas gêner les cérémonies”, se souvient Mathieu Andernack, chef de projet valorisation du patrimoine à la MEL. In fine, le projet vise un gain énergétique de 77 %, passant à 57 kWhEP/m² ainsi qu’une réduction de 94 % des GES pour atteindre 2 kgCO₂eq/m².an et la labellisation BBC Effinergie Rénovation 2021.
Soutenue par le Fonds Vert (349 666 €) et le FEDER (520 804 €), cette réhabilitation démontre que même les bâtiments techniques les plus complexes peuvent devenir des modèles de décarbonation. Un modèle qui devrait en appeler d’autres pour le maître d’ouvrage qui “envisage ce projet comme une tête de série de rénovation carbone pour tous nos bâtiments tertiaires”.

Crédit : MEL

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Rédaction : Julie Dumez
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