Frédéric Pissonnier, président de la Fédération régionale des travaux publics (FRTP), évoque pour NORDBAT les opportunités offertes aux entreprises des Hauts-de-France par les nombreux projets de construction de centres de données, infrastructures vitales au développement de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle.
Depuis l’an dernier, les Hauts-de-France voient se multiplier les annonces d’investissements mirobolants dans les data centers : Brookfields dans le Cambrésis, Nebius dans le Béthunois, Softbank dans le Dunkerquois… Que représentent ces projets pour le secteur régional des travaux publics ?
« À l’échelle nationale, on nous parle aujourd’hui d’un montant pharaonique d’à peu près 90 milliards d’euros d’investissements dans les data centers. La région Hauts-de-France en capterait la moitié. Et les études montrent qu’à peu près 10 % de ce volume, soit plus de 4 milliards d’euros, va être orienté vers les travaux publics, pieux, VRD, massif, voirie, réseau d'incendie, réseau d'évacuation d'eau de pluie, stockage, bassin… En vérité, on pense que le chiffre sera supérieur à 10 %, mais c’est difficile à quantifier. »
Dans quel contexte ces annonces s’inscrivent-elles pour les entreprises de travaux publics des Hauts-de-France ?
« Le chiffre d’affaires annuel de la profession dans les Hauts-de-France, c'est à peu près 4,2 milliards d'euros par an. Mais on est en train de subir une baisse draconienne des appels d’offres, de l’ordre de 30 %. Rappelons que les travaux publics dépendent à 70 % de la commande publique – communes, intercommunalités, départements, régions, État.. Or ce pilier, en ce moment, est très frileux. La période est très anxiogène pour nos entreprises.
Notre chance, dans la région, ce sont les grands travaux, qui devraient nous remettre à l’équilibre : le canal Seine-Nord Europe, l’EPR2 à Gravelines, le projet Extramobile (nouvelles lignes de tramway) de la MEL ou le futur Service express régional métropolitain (SERM, alias le « RER métropolitain »). Mais ça ne devrait pas se ressentir avant début 2028. On risque de traverser une année 2027 un petit peu tendue. Alors, si on a des centres de données qui sortent, si la commande privée peut apporter de l’oxygène, on ne va pas s’en plaindre. »
À condition que les projets de data centers se concrétisent rapidement.
« Dans ce domaine, les investisseurs sont exigeants. Une fois que leur dossier est bouclé au niveau environnemental et au niveau autorisations, ils sont pressés et savent mettre les moyens. Ça risque de bien tomber pour nous. »
Le tissu d’entreprises des Hauts-de-France vous semble-t-il en capacité de remporter les marchés de travaux publics liés aux centres de données ?
« C'est du privé, et les donneurs d’ordre choisissent qui ils veulent. Et effectivement, je peux vous donner un exemple dernièrement d'une charpente métallique de 10 000 tonnes qui est partie en Chine avec fourniture et pose. On n’est pas à l’abri de ça. Maintenant, si les pouvoirs publics se mobilisent pour faire venir des data centers, en créant des conditions favorables, ils peuvent aussi encourager les donneurs d’ordre à faire appel à des entreprises régionales. Il y a une vigilance de la part de la Chambre de commerce et d’industrie, des élus, sur la mise à contribution du tissu local.
Là où on a un atout, c’est que ces projets doivent faire extrêmement attention à leur bilan carbone. Et nos entreprises locales peuvent contribuer à améliorer ce bilan. Dans les Hauts-de-France, on a toutes les compétences pour bâtir des data centers, depuis le génie civil jusqu’à la toiture en passant par les charpentes acier ou les pieux. »
Le canal Seine-Nord, l’EPR2, Extramobile, maintenant les centres de données, le salut des Hauts-de-France passerait par les méga-projets ?
« Ce sont les mégaprojets qui aiment les Hauts-de-France ! Quand ils viennent dans la région, les investisseurs se disent « Tiens, il y a de grands chantiers, ça se passe bien, les entreprises sont habituées ». L’environnement est propice. Qu’est-ce qui attire les investisseurs dans notre région ? Le vivier de compétences, l’énergie, éventuellement des aides publiques. Et notre position centrale en Europe du Nord. Il y a vraiment un effet d'aspiration dans les Hauts-de-France, qu’on ne sentait pas il y a quelques années. Quand on en parle à nos petits camarades des autres régions, à part l’Île-de-France où ils ont pas mal de boulot avec le Grand Paris, toutes les autres régions, toutes sans exception, nous regardent avec un œil brillant. Parce qu'ici on a cette chance de pouvoir dire, « la période est un peu compliquée pour tout le monde, mais dans un an, deux ans, trois ans, pour nous, ça va aller ». Tout le monde n’a pas ces perspectives. »
Rédaction : Sébastien Bergès
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Il est des agences d’architecture qui s’installent, avec le temps, dans une certaine monotonie rassurante et d’autres qui ne cessent de se renouveler. Le Penhuel & Associés fait partie de celles qui, selon chaque contexte, regardent vers de nouveaux horizons, recherchent de terrains de jeux inédits, créent des alternatives, bref, explorent tous...